Le nuit tombe étonnamment tôt au-dessus de Sana'a. A 18 heures 30 il fait pour ainsi dire nuit alors que nous vivons à cette période les jours les plus longs de l'année. Peut importe à vrai dire car la vie nocturne fait partie à part entière de la culture moyen-orientale. Les échoppes se ferment vers 13 heures puis réouvrent vers 16 heures jusqu'à une heure avancée de la nuit.
La nuit semble être la maîtresse des hommes de ce pays. Quelques femmes se promènent bien dans les rues de Sana'a, mais les lieux de vie et de rencontre semble être ceux des hommes. Jusqu'à ce jour, ne n'ai vu aucune femme dans un restaurant. Je ne sais d'ailleurs pas s'il est dans la coutume de ce pays de ne réserver ces lieux qu'aux hommes, si les femmes ont leur propre lieux de rencontre ou si je n'ai pas encore fréquenté les bons endroits.
Avec l'après-midi et la nuit qui le prolonge, vient l'heure du qat. Le qat est un arbuste cultivé pour ces feuilles stimulantes. Les hommes, mais aussi les femmes en réunion restreintes, mâchent ces feuilles pendant des heures, jusqu'à ce qu'elles forment une sorte de pâte verdâtre. Bien que ce produit soit classé dans la liste des stupéfiants en Europe, il fait partie ici de la culture du pays et le machâge du qat est un passage obligé pour tout yéménite, jeune et vieux. Les effets du qat sont assimilés à ceux des amphétamines; énergisants et coupe-faim. Certains disent aussi qu'à force de mastication, le qat ferait rêver. Au goût, on dit que le qat est amère. C'est la raison pour laquelle, ceux qui pour la première fois mâchent le qat, boivent des sodas ou fument afin de faire passer le goût. On m'a dit que cela n'était pas très bon. On m'a dit aussi que l'amertume du qat rongeait l'intérieur des joues. Je sais également, pour le constater au jour le jour, que le qat attaque les dents, les pourrit, puis les fait tomber. Je n'ai jamais essayé et n'essaierai probablement jamais.