mercredi 18 juin 2008

La nuit tombe sur Sana'a

Le nuit tombe étonnamment tôt au-dessus de Sana'a. A 18 heures 30 il fait pour ainsi dire nuit alors que nous vivons à cette période les jours les plus longs de l'année. Peut importe à vrai dire car la vie nocturne fait partie à part entière de la culture moyen-orientale. Les échoppes se ferment vers 13 heures puis réouvrent vers 16 heures jusqu'à une heure avancée de la nuit.


La nuit semble être la maîtresse des hommes de ce pays. Quelques femmes se promènent bien dans les rues de Sana'a, mais les lieux de vie et de rencontre semble être ceux des hommes. Jusqu'à ce jour, ne n'ai vu aucune femme dans un restaurant. Je ne sais d'ailleurs pas s'il est dans la coutume de ce pays de ne réserver ces lieux qu'aux hommes, si les femmes ont leur propre lieux de rencontre ou si je n'ai pas encore fréquenté les bons endroits.


Avec l'après-midi et la nuit qui le prolonge, vient l'heure du qat. Le qat est un arbuste cultivé pour ces feuilles stimulantes. Les hommes, mais aussi les femmes en réunion restreintes, mâchent ces feuilles pendant des heures, jusqu'à ce qu'elles forment une sorte de pâte verdâtre. Bien que ce produit soit classé dans la liste des stupéfiants en Europe, il fait partie ici de la culture du pays et le machâge du qat est un passage obligé pour tout yéménite, jeune et vieux. Les effets du qat sont assimilés à ceux des amphétamines; énergisants et coupe-faim. Certains disent aussi qu'à force de mastication, le qat ferait rêver. Au goût, on dit que le qat est amère. C'est la raison pour laquelle, ceux qui pour la première fois mâchent le qat, boivent des sodas ou fument afin de faire passer le goût. On m'a dit que cela n'était pas très bon. On m'a dit aussi que l'amertume du qat rongeait l'intérieur des joues. Je sais également, pour le constater au jour le jour, que le qat attaque les dents, les pourrit, puis les fait tomber. Je n'ai jamais essayé et n'essaierai probablement jamais.

samedi 14 juin 2008

Première journée au Yemen Language Center

La première nuit passée, je me réveille très tôt pour prendre le petit déjeuner servi à 7 heures. A travers les petites fenêtres de ma chambre, j'observe les premières lumières du Yémen. Le soleil est au rendez-vous, mais le ciel n'est pas clair. Il est d'un gris clair uniforme qui aura tendance à s'épaissir au fur et à mesure que les heures de la journée s'écouleront.
Quel que soit l'endroit où les étudiants séjournent, nous nous retrouvons tous à la "Guest House" où je vis où sont servis petits-déjeuners et déjeuners. Je retrouve là les étudiants que j'ai rencontré la veille et nous échangeons sur notre première nuit.
Une fois avalé thé, pain en forme rectangulaire, confiture à la pomme et la mangue, nous faisons connaissance avec le fondateur de cette école qui nous montrera fièrement les installations de son école, les travaux fraîchement achevés et ceux en cours. Sabri Saleem a fondé cette institution en 1994 avec pour but d'améliorer le dialogue entre les cultures et les peuples et ainsi combattre l'incompréhension qui les distance.
De retour dans ma chambre je prends quelques minutes pour défaire mes valises et mettre de l'ordre dans mes affaires. Rapidement alerté par les odeurs venant de la cuisine située au dessous de moi, je redescends les quelques marches qui me sépare du jardin et me mets en ligne pour aller chercher mon déjeuner. Je n'ai pas un souvenir exact du repas, mais je me souviens être agréablement surpris par la qualité de la nourriture servie.
Je prends le temps qui nous est imparti pour flâner à l'autre des arbres du jardin et regarder se débattre autour de nous quatre chats installés dans ces lieux où ils sont sûrs de trouver leur pitance quotidienne.
L'heure de la visite de la vieille fut programmé à quatorze heures. C'est Matthew, l'assistant du doyen qui s'en charge.
La visite de la vieille est à la hauteur des attentes. La ville est magnifiques, paraît millénaire, très harmonieuse dans ses couleurs comme dans ses formes. On y perçoit à peine la main de l'homme, mais plutôt celle du temps qui aurait choisi de façonner là un havre à flanc de montagne. La visite durera plus deux heures et s'achèvera au dessus de Bab al-Yemen, la porte du Yémen, qui symbolise officiellement l'entrée de la vieille ville. Je reviendrai là bientôt parcourir les rues du souk.

jeudi 12 juin 2008

Premiers contacts avec Sana'a

Une fois la ville traversée, nous arrivons au lieu dit de notre séjour. Les membres du Yemen College Center nous dépose à deux endroits différents, mais très proche. Je séjournerai dans un bâtiment dit the "Guest House." Il s'agit d'une bâtisse très haute construite dans le pur style Yéménite; pierres grises et ocres, paintes parfois en blanc.

J'entre dans la chambre que j'occuperai avec deux autres étudiants américains le lendemain soir. La chambre est spacieuse, dispose d'un coin étude et d'une petite cuisine.

Une fois mes bagages déposés, je retourne retrouver les autres étudiants et un accompagnateur pour une première sortie en ville et notre premier dîner en ville. La ville grouille. Il y a partout des voitures et des motocyclettes communiquant entre elles à coup de klaxon. Là encore, je reconnais bien les habitudes du Moyen Orient. La ville me paraît poussiéreuse et baignée d'une odeur de gaz d'échappement étrange. Après un bon quart d'heure de marche à travers la ville, nous pénétrons une petite rue pleine de marchands assis à même le sol, vendant ici des montres, là des vêtements, plus loin des fruits et encore du quat.

Nous entrons dans un restaurant. Il faudra que je me fasse à cette apparence très modeste, quasi anonyme d'un lieu dans lequel on offre un service à autrui. Il n'y a là que des hommes. Je n'ai encore croisé aucune femme dans un restaurant. A table comme en cuisine, le restaurant semble être un lieu essentiellement masculin. A l'entrée, nous sommes accueillis par quatre poissons sous ressemblant à des dorades sur lesquels dansent quelques mouches. Il faudra s'habituer aussi à l'absence d'hygiène dans les lieux publiques.
Je m'assois, tnadis que notre serveur s'active autour de nous et déchire devant nous un long morceau de plastique en guise de nappe. Samuel, notre accompagnateur, commande pour nous du poulet, du riz et des sodas. Un pain long, plat et très chaud est servi en premier sur une feuille de papier journal. Encore une habitude à laquelle il faudra se faire. Notre commande arrive rapidement, nous plongeons nos mains dans des plats en métal. La nourriture est étonnament bonne. Une fois le repas fini, nous repartons en direction de nos logis respectifs. Je pénètre seul dans cette grande chambre, prends place dans le lit que j'ai choisi et m'endors sans difficulté.

mercredi 11 juin 2008

Premiers pas...

A la descente de l'avion, je retrouve les quelques américains avec lesquels j'ai voyagé depuis Paris. Une fois délivré notre visa, nous sommes accueillis par les membres du Yemen Language Center, où je resterai pendant dix semaines. Il y a là Anne-Claire, une française, et plusieurs chauffeurs.
Après un si long voyage et de nombreuses connections, les bagages de quelques étudiants américains se sont égarés en chemin. Rien de très grave, mais les bagages mettront quand même plusieurs jours à venir. Pendant que les membres du Yemen Language Center se démènent avec les formalités administratives pour retrouver trace des bagages, les étudiants américains et moi-même ironisons sur les mises en garde de nos gouvernements respectifs quant à la situation au Yémen. "N'allez au Yémen sous aucun prétexte" est le message largement relayé par les autorités françaises et américaines. Je n'étais pas effrayé avant de venir, je le suis encore moins à la descente de l'avion.
Nous sortons de l'aéroport et je fais mes premiers pas au Yémen. Comme à l'accoutumée, il y a dehors une foule de chauffeurs de taxi offrant leur service. Je ressens immédiatement l'ambiance familière des pays du Moyen Orient. Fatigué mais impatient de découvrir Sana'a, j'essaye d'apercevoir à travers la nuit tombée si tôt les premiers contours du pays. J'ai une sensation de vide.
Nous chargeons les bagages dans ce que l'on appelle aux Etats-Unis un pickup. Une sorte de 4x4 avec remorque intégrée. Je prends place dans un petit bus et commençons à rouler à travers les rues bruyantes et chaotiques de Sana'a.

samedi 7 juin 2008

L'arrivée à Sana'a

Dès l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, j'ai ressenti la complexité des relations entre le Yémen, pour lequel je m'apprêtais à partir, et l'occident. Le comptoir d'enregistrement de la compagnie Yemenia paraissait étonnamment vide et me laisse penser que les recommandations du Ministère français des Affaires étrangères ont été suivies. L'enregistrement effectué, je prends place dans un avion flambant neuf, mais quasiment vide. Devant moi, un couple de quadragénaires français sur le point de vivre à Sana'a pour des raisons professionnelles et curieux de connaître les raisons pour lesquelles un jeune français se rend seul au Yémen. Après quelques échanges, nous nous séparons pour trouver chacun de notre côté le sommeil.

Le sommeil m'aida à trouver le vol plus court. Je n'ai pas prêté attention aux films projetés, mais me suis concentré sur les lectures des journaux américians et français offerts aux passagers. A l'approche de l'aéroport international, je reprends ma place près du hublot afin de contempler les montagnes dans lesquelles s'est nichée Sana'a. De si haut, la ville paraît uniforme tant dans ses formes que dans ses couleurs. Sous un ciel couvert, les montagnes et la ville me semblent paintes de gris et de beige.
Une fois posé sur le tarmac neuf de l'aéroport, je suis surpris une fois encore par le vide qui résonne dans un aéroport dit international. Je ne compte que quelques avions, tous appartenant à la compagnie Yemenia. A l'intérieur, c'est le même scénario: deux tapis roulants pour les bagages et quelques cabines seulement pour les formalités douanières. Malgré la petitesse de l'endroit, le vacarme fait par les voyageurs est assourdissant. De la part d'un novice, les gens ici semblent seulement s'invectiver au lieu de se parler. Ce bruit, et tant d'autres, ne me quitteront plus.